Ce qui est bien avec le spectacle que Blandine Métayer joue tous les lundi et mardi au théâtre de 10h, ce n’est pas juste qu’elle soit TOP…, c’est que chacune peut se retrouver, à un moment ou un autre, dans l’expérience de cette TOP manager qui, pour en arriver là, a dû dépasser sa discrétion et sa soumission que certains jugeraient naturelle…mais justement, Blandine nous montre très bien, comment elle est en fait un instrument du système…

Écrit par et sur une idée de Blandine Métayer qui a ensuite recueilli des témoignages de femmes managers en entreprise, « Je suis TOP » est un condensé à la fois du sexisme ordinaire (on pourrait parfois se croire en train de lire les « chroniques du sexisme ordinaire » de Brigitte Grésy), et l’histoire du parcours de combattante qu’est, pour les femmes, d’aspirer à un poste de responsabilité en entreprise…tout en faisant allusion au fait que d’autres femmes, elles, sont en situation de grande précarité… parce que femmes, elles sont plus soumises au temps partiel subi et orientées vers des métiers mal valorisés.

Et ainsi, c’est tout le système de maintien des femmes dans des positions subalternes qui est démonté, depuis l’éducation jusqu’au manque de confiance en soi. Et finalement, dans ce domaine, pour les femmes, il est souvent d’abord question de ça. Certaines, ultra-compétentes, pleines de créativité et d’idées, n’osent pas…parce qu’elles croient qu’il faut être compétente à 100% pour le poste et avoir déjà tout fait, tout pensé à l’avance. Et les études montrent que les hommes, eux, ne se posent pas ce genre de question (tout simplement parce qu’ils se représentent en manager, ce que les femmes ne sont pas invitées à faire avec les jouets sexistes, les histoires sexistes, …) Et vu le niveau de compétence de certains managers, pourquoi n’y arriveraient-elles pas ?

Elles croient aussi que c’est un handicap dont elles sont responsables si elles ne peuvent participer aux réunions informelles de réseau après 18h30 ou 19h30 parce qu’elles sont celles qui doivent penser à acheter du lait pour le lendemain et être là pour libérer la babysitter…alors que ce sont les réunions informelles qui ne devraient jamais servir à juger de la compétence. Alors que les réunions n’ont aucune raison de finir au-delà de 18h30, et d’ailleurs, qu’avant que les femmes soient en masse en mesure de devenir TOP manager, je ne suis pas sûre du tout qu’elles se tenaient tellement à des heures indûes…

Bref, « Je suis TOP », c’est vrai pour la manager que joue Blandine Métayer, oui, mais surtout, mesdames, soyez en certaines, vous êtes TOP, vous aussi, et la société a besoin de vos idées, a besoin que vous vous lanciez, que nous nous lancions…même si vous n’êtes pas tout à fait certaine d’avoir le temps, d’avoir toute la qualification requise…faisons-le, en nous encourageant et soutenant les unes les autres, en faisant du « réseau », en ne nous jugeant pas sur notre  physique, sur notre adhésion à ce qu’une vision stéréotypée du monde fait de nous, enfin, ne nous jugeons pas non plus sur notre temps de présence !

Sandrine Goldschmidt

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