PlanetBD-jesuistopCatherine occupe un poste important et prépare son discours d’intégration : l’occasion de revenir sur un parcours semé d’embûches. Ce roman graphique met en lumière le machisme de la société française, quitte à virer au procès féministe.

L’histoire : Catherine, la quarantaine, est top-manager. Elle a un discours à préparer pour fêter sa nouvelle fonction. Elle relit ses notes, mais ne trouve pas cela assez spontané. Elle aimerait parler de sa vie et de son ascension difficile. Il faut dire qu’être une femme est bien plus compliqué pour réussir. Elle se souvient de son premier patron qui ne cessait de dire que les femmes étaient finies à partir de 25 ans et la pré-ménopause. Les femmes n’ont pas la même chance que les hommes. L’homme est tellement sûr de lui et a tellement de portes ouvertes qu’il peut atteindre tous les postes même si c’est un « tocard ». La femme, à l’inverse, ne cesse de se dénigrer et doit se faire violence pour évoluer. Il faut dire que l’enfance conditionne tout : on apprend aux garçons à se battre et à gagner ; on apprend aux filles à être gentilles et serviables. Le début d’un long asservissement…

Ce qu’on en pense sur la planète BD :  La pièce de théâtre de Blandine Métayer, Je suis top !, s’adapte ici en bande dessinée chez Delcourt Mirages. L’actrice Blandine Métayer a donc scénarisé l’histoire de sa propre pièce de théâtre pour en faire ce petit roman graphique. Comme le sous-titre l’indique, Liberté égalité et parité, le propos principal est la difficulté de la femme à s’épanouir dans une société sexiste. A travers le destin de Catherine, en plein doute alors qu’elle est en pleine ascension, c’est un réquisitoire sans appel contre la gente masculine et le machisme au travail (et en dehors). Le parcours semé d’embûches de Catherine est surtout dû au fait qu’elle s’est battue sans arrêt pour lutter contre les mentalités masculines et pour affirmer sa vraie place professionnelle. Tout y passe en terme de machisme : les allusions sexuelles et salaces, le jugement sur la beauté physique, la promotion canapé, les hommes qui boivent des bières pendant que la femme fait à manger, le père qui se désintéresse de sa fille et qui aurait préféré avoir un petit garçon, le patron qui regarde des sites pornos, la femme qui n’est qu’un esclave pour son supérieur… Les attaques sont terribles et sans appel. On est confondu de voir autant de comportements machistes réunis en si peu de pages. Le pompon restant pour les moments où le patron défend à son employée de tomber enceinte ! Pour Blandine, la femme n’est clairement pas à la même place qu’un homme, de part l’éducation donnée et les mentalités réactionnaires des hommes. Il faut bien reconnaître qu’on a du mal à croire que de tels relents machistes existent encore aujourd’hui, mais Blandine Métayer s’est renseignée dans de nombreuses entreprises. Au sein de grandes boîtes, les luttes sont parfois rudes et tous les coups-bas sont permis. Avec cet album, la violence féministe a parfois du mal à passer, mais l’album est particulièrement agréable à la lecture, grâce au talent d’une autre femme : Véronique Grisseaux. Alors que le scénario est réaliste et parfois revendicateur, Grisseaux crée des situations graphiques décalées et particulièrement réussies. Avec des dessins symboliques et humoristiques, la dessinatrice trouve un ton juste, entre l’humour, la caricature et la délicatesse humaine, via une colorisation toute en douceur. C’est aussi la force de cet album qui n’est pas qu’une attaque : comme son titre l’indique, il pourra booster des femmes qui souffrent d’une société qui ne change guère dans ses mentalités.

Guillaume Clavières
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