Pour son nouveau Seule en scène après Célibattante en 2002, la comédienne Blandine Métayer se glisse dans la peau d’une top manager pour s’attaquer à la question de la parité en entreprise. Dans Je suis Top, elle dresse un portrait au vitriol du « sexisme ordinaire » qui touche les femmes.

Catherine Boissard est à l’apogée de sa carrière. Top manager, directrice des affaires financières d’une grande société, elle est la seule femme infiltrée dans le comité directeur et se prépare à s’exprimer publiquement lors d’un cocktail. Mais dans le silence de son bureau, seule face à son texte, elle prend conscience qu’elle a écrit un discours… d’homme. Et que ces mots ne sont pas les siens. Comment a-t-elle pu en arriver là ?

De l’enfance au sommet de sa carrière, Blandine Métayer retrace le parcours de cette femme dans laquelle toutes peuvent se reconnaître. Et de ses expériences du sexisme ordinaire. Remarques déplacées, allusions sexuelles, avancements contrariés, maternité complexée… Blandine Métayer explore tous les phénomènes de l’inconscient sexiste qui règne en entreprise. Y compris leurs répercussions sur la vie personnelle des cadres qui se sentent parfois obligées de devenir plus masculines que les hommes, ou font de leur meilleure amie leur pire ennemie dans des scènes de crêpage de chignon. Caricature? Oeuvre féministe anti-hommes ?

Rien de cela. « Cette pièce parle de situations réelles », argumente Blandine Métayer. En effet, bien qu’elle vienne de la comédie (« La Classe », « Le Petit théâtre de Bouvard »…), elle connaît l’univers de l’entreprise. Depuis 1998, dans le cadre de sa société Changement de décor, elle écrit des saynètes destinées à être jouées auprès des employés et leur donne des formations de coaching. « Je suis Top est ainsi une façon pour moi de réunir les deux façons de faire mon métier », résume-t-elle. Et pour l’occasion, elle a approfondi sa connaissance de ce terrain.

Justesse de ton

Pendant six mois, Blandine Métayer a interviewé des femmes et quelques hommes dans les plus grandes sociétés. La réalité est encore plus dure que ce qu’elle imaginait. « Avec les femmes, à qui j’ai promis l’anonymat, nous étions dans la confidence : elles se livraient en toute confiance pendant deux ou trois heures », témoigne-t-elle. La comédienne a ainsi constaté à quel point les remarques déplacées sur le physique ou la féminité d’une femme (règles, ménopause…) sont monnaie courante au long d’une carrière. « Toutes m’ont parlé de considérations qui n’avaient rien à voir sur leur travail, d’attaques sur leur soi-disant futilité, de leurs hésitations face aux congés maternité, des injustices salariales et d’impossibles progressions ». Et encore, la scénariste s’est gardée d’intégrer dans son spectacle les insultes les plus obscènes. « Pas la peine de tomber dans le trash ou la caricature, les témoignages sont assez forts pour se passer de mots trop crus ».

Si la force de ce spectacle ne vient pas du « trash », elle découle bien de la justesse de ton, que Blandine Métayer a élaborée avec l’aide des sociologues Brigitte Grésy, auteure du Petit traité contre le sexisme ordinaire, et Cécile Ferro, du laboratoire Georges Friedman. Pas question de fantasmer une carrière improbable : le parcours du personnage de Catherine Boissard, depuis son doctorat en gestion de l’entreprise jusqu’à son poste de directrice des affaires financières, en passant par les stages et l’assistanat, a fait l’objet de nombreuses réunions de travail.

Mais on décèle surtout que cette justesse puise sa source dans une histoire personnelle qui transparaît dans les instants émouvants de la pièce. Car le monde de l’entreprise n’est pas le seul à être imprégné de sexisme. Celui du théâtre où le physique est crucial est également sans pitié. « Les rôles des femmes sont toujours un peu moins payés que ceux des hommes, sans compter que nous sommes beaucoup trop nombreuses lors des castings pour le rôle proposé », témoigne-t-elle. Si dans Célibattante Blandine Métayer parlait explicitement de sa vie de femme alors célibataire, Je suis Top est tout aussi intime. Et correspond parfaitement à sa conception du théâtre : un miroir de la société.

Coline Garré

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« Je suis Top »

du 20 Septembre au 21 décembre 2010

Théâtre de Dix-Heures

36 boulevard de Clichy, 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 10 17

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