Dans Je suis top, Blandine Métayer incarne une cadre supérieure parvenue au sommet. C’est-à-dire qu’elle est la seule femme au comité de direction de sa boîte. Loin d’une banale et grossière charge contre les hommes, elle porte un regard lucide, acerbe mais amusé sur les rouages de l’entreprise. Retour un spectacle engagé avec son interprète.


Comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?

B. M. : Je suis comédienne pour la télé et le théâtre depuis l’âge de 17 ans mais depuis 1998, j’ai l’occasion d’intervenir pour du coaching et des formations dans les entreprises. C’est là que j’ai observé la place des femmes au travail. La façon dont leur carrière est abordée, le management qui leur est réservé et les postes à responsabilité qui leur passent sous le nez.

Une part d’autobiographie ?

B. M. : Absolument pas car je n’ai jamais travaillé dans le monde de l’entreprise.

Pourtant, tout semble tellement vrai et vécu. Comment avez- vous travaillé ?

B. M. : A l’américaine donc en m’imprégnant de la vie de ces femmes top managers. Pour cela j’ai mené une quarantaine d’interviews auprès de dirigeantes. A partir de questionnaires, je les ai interrogées sur leur parcours, les embûches, l’équilibre vie pro/ vie perso, leurs anecdotes. Avec une question ultime : «  si c’était à refaire ? ».

Résultat ?

B. M. : J’ai découvert des femmes comme les autres. Des femmes qui font du roller avec leurs enfants le week-end, qui ne sont pas habillées en tailleur gris en permanence… Mais aussi des femmes qui, au quotidien, en bavent. L’une d’entre elles m’a raconté qu’en comité de direction, son PDG, visiblement pas convaincu par la présentation de son projet, lui a demandé si elle avait ses règles. C’est impensable pourtant véridique.

Avez-vous interrogé des hommes ?

B. M. : Oui, quelques uns car je voulais recueillir l’avis d’hommes éclairés, soucieux de faire progresser la cause des femmes en entreprise.

Et pour les passages plus « scientifiques », par exemple sur le fait que les hommes acceptent un poste alors qu’ils ne disposent que de 50% des compétences requises. Comment avez-vous fait ?

B. M. : J’ai beaucoup travaillé avec Cécile Ferro, sociologue au laboratoire Georges Friedmann. J’ai aussi rencontré Brigitte Grésy, inspecteur à l’Igas et auteur du « Petit traité contre le sexisme ordinaire ».

Selon vous la place des femmes, notamment au boulot, a-t-elle régressé ?

B. M. : C’est incontestable. 80% des tâches ménagères sont encore entre les mains des femmes. Donc comment voulez-vous qu’elles s’épanouissent dans leur travail autant que les hommes. Evidemment, il y a quelques maris et pères vertueux, mais ils restent des exceptions. Et la génération des 14-20 ans qui arrive ne semble pas prête à relever ce défi. Entre les clips de rap, la télé réalité… regardez quelle image de la femme on leur propose !

Ce soir (le 19 octobre), le public était, à une exception près, féminin. C’est une pièce pour les femmes ?

B. M. : Non c’est une pièce pour tout le monde, hommes et femmes. Je ne cherche pas à les monter les uns contre les autres. Au contraire, je suis convaincue que les mentalités ne changeront que si hommes et femmes se saisissent ensemble de ce problème. Les hommes qui viennent voir le spectacle en ressortent « transformer ». En se glissant dans la peau de mon personnage, pour la première fois, ils ressentent le machisme et la misogynie. Pour certains c’est un véritable choc.

Votre pièce dresse un constat mais « what else » ?

B. M. : Effectivement, des gens comme vous et moi connaissons bien le sujet. Les journaux sont remplis d’articles sur le sujet. Mais là, entendre parler de ce sujet sur scène c’est autre chose. Les spectateurs en prennent plein la tête. Ca touche leur intelligence émotionnelle, ça les marque davantage.

Vous jouez également une version raccourcie de cette pièce en entreprise. Est-elle suivie d’effet ?

B. M. : Je n’ai pas la prétention de révolutionner les choses. Mais depuis un an que le spectacle tourne, je constate des évolutions tangibles. Une grande banque pour laquelle j’ai joué a récemment annoncé de nouveaux services de garde pour les enfants de ses collaborateurs et que les femmes seraient augmentées comme les autres, congé maternité ou pas.

Alors prête à devenir patronne de la diversité d’un grand groupe ?

B. M. : Certainement pas. Je veux garder cette faculté d’analyse et ma liberté de parole.

Propos recueillis par Sylvie Laidet © Cadremploi.fr

« Je suis Top ». Spectacle tous les mardis et mercredis à 19 heures au Théâtre de 10 heures.

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