“Top manager” au féminin

Blandine Métayer, comédienne et auteure de son spectacle, Je suis Top, ne peut que nous plaire ! Le spectacle nous fait vivre l’ascension d’une femme vers les sommets de la hiérarchie.

Sorte de road movie intérieur, il traite de nombreux moments de la vie d’une femme, aussi bien sur le plan professionnel que privé, tous deux indissociables. Je suis Top évoque le sexisme ordinaire de la vie d’une femme. Basé sur des faits réels et récents, ce spectacle n’a qu’un seul but fédérateur : faire bouger les mentalités par la force de l’humour et de l’émotion…

Je suis Top ! confronte le spectateur à une réalité qu’il n’a pas toujours envie de voir, en cela, votre spectacle est très marquant. Artiste, vous l’êtes assurément, mais pensez-vous être aussi militante?

Je travaille effectivement en faveur de l’égalité professionnelle. En cela, je reconnais être militante mais, attention, de manière indépendante car je n’aime pas le langage unique… En fait, je préfère dire que j’exerce mon métier de comédienne dans le don, l’échange et la transmission. Lorsque l’on me demande si je suis féministe, je réponds tout net que je suis humaniste avant tout. Le féminisme fait bien sûr partie de l’humanisme. Quoiqu’il en soit, l’égalité professionnelle ne représente sûrement pas un sujet annexe, il peut engager de vraies avancées sociales, notamment dans le domaine du temps de travail et de l’équilibre vie privée/vie professionnelle.

Comment est né votre spectacle ?

Avant je suis Top, j’ai déjà joué un premier seule-en-scène en 2002, intitulé Célibattante. C’est vrai, une femme célibataire, c’est toujours suspect… En fait, j’ai toujours voulu aborder des thèmes forts. Par ailleurs, j’ai effectué depuis 1998, par le biais de la société Changement de décor, beaucoup d’interventions en entreprise pour animer des coachings, formations, écrire des saynètes sur mesure, etc. Forte de cette expérience, des rencontres que j’ai pu faire, et de ce que j’avais pu observer, l’idée m’est venue, d’écrire cette nouvelle pièce. J’ai donc mis au point un questionnaire qui a donné lieu à des entretiens. J’ai interviewé une quarantaine de femmes et quelques hommes, enrichissant encore mon texte de situations réelles. Cécile Ferro (Laboratoires Georges Friedmann), une sociologue du travail, m’a ensuite prêté main forte pour renforcer la véracité du parcours professionnel de mon personnage, Catherine Boissard. Dans une dernière phase d’écriture, Brigitte Grésy, conférencière engagée pour l’égalité et travaillant à l’Inspection Générale des Affaires Sociales, m’a apporté son soutien. Bien des réflexions très désobligeantes passent souvent sans gêner qui que ce soit, sauf, bien sûr, la personne concernée, comment réagir face aux remarques bien souvent sexistes ? Ma nature me porte à privilégier une explication en tête à tête et à signifier que j’ai été blessée. Il vaut mieux éviter l’effet de groupe : seule, la personne est plus réceptive, plus apte à comprendre sa maladresse…

Dans le domaine de l’égalité professionnelle, sommes nous en progression selon vous ?

Malgré les textes, les lois et les accords, les mentalités restent récalcitrantes au changement. En cela, mon spectacle puise toute sa force ! Car le message passe par l’émotion, l’humour et le ressenti. En fait, la crise récente génère plutôt une récession, une crispation, y compris dans les mentalités. De plus en plus, j’entends des propos, souvent énoncés avec le plus grand sérieux, tournant autour du thème « si les femmes ne travaillaient pas, il y aurait moins de chômage et moins de délinquance ! »… La perte des idéaux, propre à l’époque que nous traversons, ne va pas sans conséquence. L’individualisme est exacerbé, une importance plus forte est accordée au paraître et un fléchissement du respect entre les personnes se fait sentir, que ce soit dans la sphère des entreprises ou plus généralement dans la cité. Finalement, les rapports de force se durcissent sur tous les plans, pas seulement entre les hommes et les femmes. L’étiolement du socle commun des valeurs fait que l’individualisme et son pendant, la soumission volontaire, ne cessent de se développer, notamment, dans le domaine de l’égalité professionnelle…

Que pensez-vous de la journée de la femme ?

L’organisation d’une telle journée internationale est effectivement à double-tranchant. Pour moi, c’est une opportunité à saisir pour porter nos messages. Le jour où nous n’aurons plus besoin de ce genre de journée, c’est que tout sera réglé, mais en attendant…

Et des quotas ?

C’est également un dispositif transitoire. En ce sens, la discrimination peut effectivement s’avérer positive. Mais, un statisticien m’a indiqué, qu’au rythme où va la parité dans les postes de pouvoir, il faudra 127 ans avant d’atteindre l’équilibre…

Propos recueillis par Landry Rouland

Théâtre de Dix Heures
36 Boulevard de Clichy 75018 PARIS
Les mardis et mercredis à 19 heures
Prolongations jusqu’au 28 décembre 2011
Métro Pigalle ( Ligne 2 ou 12 )
Réservations : au 01.46.06.10.17 ou sur
www.theatrededixheures.fr

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