La comédienne Blandine Métayer sera sur la scène du Théâtre de Dix Heures à Paris pour Je suis TOP! , spectacle dans lequel elle met en scène la vie des femmes managers d’entreprise. Pour écrire sa pièce, l’actrice a rencontré une cinquantaine de ces femmes et les a fait témoigner.

Au tour de cette « auteure d’investigation » d’être interrogée …

D’où vous est venue l’idée de ce spectacle ?
Je cherchais une idée originale pour faire un autre spectacle seule en scène après Célibattante sur la vie en solo en 2002. J’interviens depuis douze en entreprise pour des saynètes sur un message précis. Il y a six mois, j’ai eu un éclair. Je me suis dit que j’allais vais faire l’unité entre mon expérience en entreprise et ce que j’ai toujours fait : écrire et jouer la comédie. Là, je voulais parler des femmes dans les entreprises. J’ai constaté par moi-même qu’il y avait des choses à dire sur ce sujet.

Ce que vous avez constaté à propos des femmes dans les entreprises, pourquoi en faire une pièce ?
Les artistes sont là pour être des témoins de leur époque. On dit tout haut ce que les gens vivent tout bas. On peut être un porte-parole. Dans la pièce je ne suis pas donneuse de leçon, j’exprime un constat.

Pour écrire cette pièce, vous avez rencontré des dizaines de femmes et vous les avez interrogées. Comment cela s’est-il passé ?
J’ai appelé quelques amies qui ont tout de suite été enthousiastes. Elles m’ont dit : « c’est génial, tu vas toutes nous représenter ». Pendant plusieurs mois j’ai fais des interviews. Elles m’ont accordé beaucoup de temps. Chaque séance durait deux ou trois heures. J’avais établi un petit questionnaire pour guider l’investigation. Je posais des questions sur leur parcours, les embûches rencontrées, les bons souvenirs… On a beaucoup ri. Il y a aussi des choses très émouvantes. Et puis parfois le rire est jaune quand il s’agit du « sexisme ordinaire ». J’ai interviewé une cinquantaine de femmes et quelques hommes aussi.

Des hommes ?
Je voulais un point de vue masculin. J’ai vu des hommes « éclairés » qui s’intéressent aux problématiques d’égalité homme-femme. Un grand manager m’a dit ainsi qu’il voulait bien faire « monter des femmes » mais il n’y en a pas assez dans le management intermédiaire.

Ces femmes « au top » que vous avez rencontré, qui sont-elles ?
Les femmes travaillant en entreprise préfèrent garder l’anonymat. Ce sont des DG, PDG ou top managers de grosses entreprises. Elles travaillent dans l’automobile, l’industrie, la grande distribution les labos… Dans tous les secteurs, les mêmes problématiques se retrouvent. J’ai aussi travaillé avec Brigitte Grésy qui a lu l’intégralité et avec laquelle j’ai envie de travailler. Des spectacles suivis de conférence-débat seraient une bonne formule. Pour retracer le parcours du personnage, j’ai aussi été aidée par Cécile Ferro, sociologue au laboratoire Georges Friedman.

Vous avez fait un travail de journaliste en fait…
Je suis un « auteur d’investigation ». On part souvent d’un fait divers, d’une anecdote. Journalisme et auteur, ce n’est pas si éloigné. J’avais envie de faire une « pièce sociologique ».

Vous faites un peu du « théâtre-réalité »…
Oui. Sauf que c’est transposé. Si toutes les anecdotes sont vraies, c’est quand même de la fiction. Mon personnage au départ est naïf et gentil. Elle s’en prend plein la figure avec son premier patron. J’ai concentré beaucoup d’anecdotes de sexisme sur ce personnage-là. Le parcours est imaginaire, le personnage complètement inventé. C’est la somme de toutes les femmes interviewées. Mais ça parle du réel, de la maternité, du divorce, de la chirurgie esthétique… tout ce qui fait une femme.

Votre personnage s’appelle Catherine Boissard, qui est-elle ?
C’est une femme qui est arrivée à un haut poste dans une entreprise qui doit parler en public lors d’un cocktail. Elle s’isole pour le répéter et se rend compte qu’elle a préparé un discours d’homme. Ce n’est pas ce qu’elle a envie de dire. Sa confession commence de l’enfance jusqu’à ce moment-là où elle doit faire son discours. Mon personnage n’est pas une sainte. Elle s’est endurcie. Mais elle prend aussi conscience d’être devenu un monstre de travail qui ne voit presque plus rien autour d’elle. Aux deux tiers de la pièce, il y a un basculement. Elle est tantôt bourreau, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt à terre.

Craignez-vous que votre pièce, qui épingle des pratiques dans les entreprises, y soit mal reçue par certains?
La pièce n’est pas « anti-mecs ». Il y a des hommes formidables. Les femmes qui sont arrivées au top ne sont pas arrivées comme ça. Il y a des hommes qui les ont aidés. Par contre, il y a des hommes qui sont épinglés et qui méritent de l’être. Qui les ont fait « monter ». Il y en a qui ne se rendent pas compte. Leur phrase c’est souvent « pourquoi le prends-tu comme ça, tu n’as pas d’humour ». L’entreprise est un monde difficile. Il y a des phrases qui vont faire rire autour d’un barbecue mais qui ne feront pas du tout sourire dans un comité directeur.

Trouvez-vous que la manière dont sont considérées les femmes en entreprise s’aggrave ?
Il faut être vigilante. Dans les années 80 on a bénéficié de l’action de nos mères. Dans les années 2000 ça a tendance à régresser. J’ai entendu dire: « si les femmes ne travaillaient pas, il y aurait moins de chômage », ou « si les femmes étaient un peu plus au foyer, il y aurait moins de délinquance ». Avant les hommes n’auraient pas osé dire cela. On pensait que les choses étaient acquises mais c’est faux. C’est ça aussi qui m’a donné envie de faire ce spectacle.

Au top, pas forcément ce qu’on pense ?
Je suis top: il faut être top pour en arriver là. J’ai rencontré plein de femmes top qui ne sont pas forcément top managers mais qui sont top dans leur diversité, leur courage, leur enthousiasme. Elles rebondissent. Dans leurs fragilités, quand même les femmes sont fortes. J’admire beaucoup leurs parcours, leur implication dans des associations… ma pièce leur rend hommage.

Marina Torre pour L/ONTOP Magazine

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 » Je suis top ! « 

Du 20 septembre au 21 décembre 2010
Lundi et mardi 19h

Théâtre de dix-heures Juste Pour Rire

Réservations : http://www.dix-heures.net/

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