BD Je suis Top - Le quotidienFraîchement promue directrice générale de son entreprise, Catherine prépare son speech et se souvient de tous les obstacles franchis pour en arriver là. C’est Je suis top!

Actrice et auteure, Blandine Métayer (Le Petit Théâtre de Bouvard, La Classe, Vivement lundi’…) a écrit la pièce Je suis top! en 2010. Après Célibattante, il s’agit là d’un deuxième seul en scène où elle s’intéresse à la condition des femmes dans l’entreprise et dans notre société en général. La BD qui en est issue, coscenarisée par Véronique Grisseaux et dessinée par Sandrine Revel, est sortie le mois dernier chez Delcourt. Blandine Métayer nous en parle. Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti …

Après le spectacle né en 2010, voilà que votre « Je suis top! » devient une BD. Comment cela s’est décidé?

Blandine Métayer : Mon éditrice, Sophie Chedru, qui s’occupe d’une collection avec des sujets forts, de société, voulait, un jour, faire un album sur l’égalité hommes-femmes. Une journaliste lui a alors conseillé de venir voir mon spectacle. Ce qu’elle a fait avec Guy Delcourt. Là, ils se sont dit que ce n’était pas la peine de chercher  plus loin pour trouver une histoire. On a alors beaucoup travaillé sur l’adaptation, d’abord moi seule, puis avec Véronique Grisseaux (Lucie, Larguées..), qui est une formidable scénariste BD. Après, on a pensé dessinatrice et Sophie m’a rapidement présenté Sandrine Revel (Un drôle d’ange gardien, Glenn Gould..). J’ai tout de suite flashé sur son travail. Et voilà, ça a été long, plus de trois ans, mais le résultat est maintenant chez les libraires.

C’est une histoire de femmes, écrite par une femme, adaptée par une femme, dessinée par une femme et éditée par une femme. Il fallait absolument que ça reste entre femmes?

Ça s’est trouvé comme ça, c’est vrai. Mais la pièce, à l’inverse, est produite par un homme. Ce n’est pas du tout une histoire anti-hommes. Au contraire. De toute façon, ce n’est que tous ensemble qu’on arrivera à faire bouger les choses. L’égalité, ce n’est pas un combat de femmes, c’est un combat de société.

Pour ce récit, vous avez rencontre des dizaines de femmes qui vous ont raconté leur vie en entreprise. Pourquoi vous être intéressée à ces histoires ?

Depuis une quinzaine d’années, j’interviens en entreprise pour faire des pièces sur-mesure. J’ai donc observé beaucoup de choses, noué plein de contacts et un jour, en janvier 2010, alors que je cherchais un sujet pour un seul en scène, j’ai compris que c’était ça mon histoire. J’ai donc écrit, en un week-end, ce récit sur une femme qui a percé le fameux plafond de verre, qui est parvenue au sommet d’une belle carrière et qui raconte par où elle est passée pour en arriver là, entre vie privée et vie professionnelle, car les deux me semblent indissociables. Après, je voulais absolument que cette fiction soit entourée de faits réels. J’ai donc pris contact avec une quarantaine de femmes – et quelques hommes – et je leur ai demandé quelles avaient été les embûches dans leurs carrière, si elles recommenceraient si c’était à refaire, etc. J’ai interviewé des travailleurs de 25 à 55 ans, de tout niveau hiérarchique et dans tout type de secteur professionnel. C’était passionnant et j’ai récolté une matière formidable J’ai ensuite picoré dedans pour étayer mon histone, construire mon personnage, etc.

Si on comprend bien, cette Catherine, c’est un condensé de toutes ces femmes.

Voilà. Après, certes, il y a peu de chances pour que tout ce qui lui est arrivé,  arrive à une seule et même femme. Mais son personnage est néanmoins plausible et cohérent. J’ai même travaillé avec une sociologue pour lui créer un parcours professionnel logique.

Dans l’histoire, Catherine admet être devenue à un moment « pire que les hommes ». Y a-t-il vraiment une différence fondamentale entre un et une chef ?

Il ne devrait pas Un bon manager doit avoir les mêmes qualités qu’il soit homme ou femme. Mais Catherine tombe dans le piège dans lequel tombent certaines femmes qui montent dans la hiérarchie. Comme elles en ont bavé, elles se blindent et considèrent que les autres nanas n’ont qu’à en baver elles aussi. Car c’est aussi quelque chose qui est ressorti des interviews que j’ai réalisées, c’est souvent une femme qui barre la route d’une autre femme, qui demande à ses collaboratrices de ne pas avoir d’enfants, etc. Il fallait en parler de ces femmes qui, de victimes, deviennent parfois bourreaux.

Catherine a pas mal sacrifié sa vie familiale pour sa réussite professionnelle. Finalement, on peut comprendre son mari qui, fatigué de l’attendre le soir, finit par la quitter, non ?

Non, je ne pense pas. Il ne l’aide pas du tout, à croire qu’il est un peu jaloux de sa réussite et du fait qu’elle finit par gagner mieux que lui. Au contraire, c’est assez pathétique.

Le récit est entrecoupé par des petites « breaking news » qui vous permettent à la fois d’apporter des chiffres réels sur les différences hommes femmes (différence salariale, partage des tâches ménagères, etc.), mais aussi pas mal d’humour. C’est ça le but de je suis top ! : rire d’une triste réalité sociologique ? Rire, mais aussi sensibiliser.

Oui, c’est clairement mon but. Je voulais un ton qui ne soit pas donneur de leçons, mais qui est dans le constat. Et puis, de l’émotion et de l’humour, car avec l’humour, on arrive à faire passer plein de choses.

L’interview (NDLR: réalisée la semaine dernière) va paraître le 8 mars, journée internationale des Droits des femmes Comment voyez-vous cette journée?

C’est super important. Autant la « génération Y » a progressé au niveau de l’égalité hommes-femmes, autant, dans la « génération Z » qui arrive, il y a un regain de machisme assez inquiétant. Cette journée doit donc continuer à exister.

Et votre point de vue sur l’absence de femmes dans la première sélection pour le Grand Prix d’Angoulême?

C’est lamentable. Il y a des créatrices formidables. Mais je ne suis pas étonnée, le secteur de la culture est le deuxième plus inégalitaire après l’armée. C’est aberrant!

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