AU BOULOT ! Par DIDIER ARNAUD

Dans sa boîte, c’est la seule femme devenue manager. Pour y parvenir, elle en a bavé des ronds de  chapeau. La pièce de théâtre s’appelle Je suis Top. Blandine Métayer y raconte « l’ascension » (pas moins) d’une femme dans une entreprise. Grimper? Mais à quel prix ! Délitement de la vie familiale lorsqu’elle choisit de faire carrière…


Relation compliquée avec son homme qui, lui aussi, a du boulot mais ne l’appréhende pas de la même manière. Quotidien malaisé : elle commence sa seconde journée quand il faut rentrer à la maison (« Qu’est-ce que je vais bien faire pour le dîner ? »). Voilà le plafond de verre, cette limite que les femmes (comme les gens de couleur) ne dépassent pas. Ou rarement. Parce qu’elles sont femmes.

Inénarrable scène de bienvenue dans ses nouvelles fonctions. Son alter ego la toise, émet un sifflement. Cette scène nous renvoie au départ d’une collègue commenté ainsi par un « top manager »: « L’entreprise perd un de ses plus beaux fleurons ».

Cette pièce, Blandine Métayer la joue aussi devant des salariés d’entreprises, des syndicalistes. Elle y égrène des vérités pas très valorisantes pour les boites, ni pour les hommes qui les dirigent. Qu’importe. « Avec l’humour tout passe », dit-elle. Dans la salle, les hommes sont incrédules : aujourd’hui, les choses ont bien changé et vos témoignages sont datés. « Quand je leur dis que toutes les anecdotes sont vraies et récentes ils font « gloups », explique-t-elle. Finalement, certains s’avouent « content de se projeter, d’éprouver ce que les femmes peuvent ressentir ».

Blandine Métayer fait œuvre de pédagogie active. Lors de l’ultime représentation, devant un parterre d’employés d’une banque, le DRH a, paraît-il, pris des engagements. Sur le rattrapage des salaires, le retour au travail des femmes enceintes. Devant des (femmes) syndicalistes qui ont du mal à faire passer leurs revendications, l’actrice assure que son message commence à être entendu (par les hommes). Métayer, comédienne engagée ou alibi pour les boites qui  s’achètent une conduite ? Réponse : « On est là pour réveiller les consciences ». Il y a du boulot pour l’avenir : « J’entends des jeunes filles adhérer au discours de la pouffe dictée par la télé- réalité. Cela me fait dresser les cheveux sur la tête ». Pour écrire son spectacle, la comédienne a contacté des femmes de 28 à 68 ans pour parler embauches, parcours, articulation de vie privée- vie professionnelle. « Je ne voulais pas faire de mon personnage une sainte » jure-t-elle. Une fois au sommet, elle est aussi « mauvaise » que ses homologues masculins. « Je souhaitais rendre compte : ça n’est qu’une vie de femme ». Celles qui ont vu la pièce, souvent, disent qu’elles sont heureuses d’êtres « enfin représentées ».

Je suis Top dans Libération 768x975

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