Interview Blandine Métayer

Après avoir vu « Je suis top ! » au Théâtre de Dix Heures, où Blandine Métayer dépeint les « mésaventures » d’une femme pour arriver au poste de Top Manager, sans complaisance, ni pour son personnage, ni pour la vie en entreprise, nous avons décidé d’en savoir un peu plus…RDV est pris dans les locaux de sa production.

Au fond d’une petite cour du 9ème arrondissement, Blandine nous accueille et nous embrasse chaleureusement, comme des copines de toujours. Son téléphone sonne, et re-sonne, elle décroche, parle boulot, rit, tout en nous préparant un thé. Des biscuits ? Allez ! Soyons folles ! Son téléphone n’arrête pas. Elle s’excuse. Et nous sommes spectatrices. Elle pétille et tourbillonne. Puis elle s’assied et parle, nous raconte ses copines, son spectacle, son public. On en oublie presque qu’on a plein de questions à lui poser. Elle se ressaisie, nous écoute attentivement et mesure chacun de ses mots avant de nous répondre.

 

OLF = Pourquoi avoir choisi d’écrire sur le « plafond de verre » auquel se cogne la plupart des femmes en entreprises ?

BM = Après mon 1er seul en scène sur le célibat (« Célibattante » en 2002), je cherchais un sujet fort, jamais traité. Et comme en parallèle de ma carrière, je fais depuis plus de dix ans, des interventions en entreprise, j’ai noué pas mal de contacts avec des managers. En tant qu’œil extérieur, j’ai vu plein de choses et j’ai eu un éclair de génie ! Toutes ces managers me racontaient le même genre d’histoires sur le sexisme qu’elles rencontraient au travail. J’ai donc interviewé une dizaine de femmes qui m’ont présenté tour à tour leurs copines. Au total j’ai rencontré une quarantaine de femmes managers, de tous les secteurs, et tous les âges (de 28 à 68 ans). J’ai également travaillé avec la sociologue Cécile FERRO (Laboratoire George Friedmann). J’ai fait 2 mois d’interview, puis 2 mois d’écriture. J’ai également eu pas mal d’échanges avec Brigitte GRESY.
Vous vous rendez compte ? L’autre jour une copine m’a raconté… (Et oui, Blandine nous raconte toujours des anecdotes, des histoires. Et son regard s’assombrit comme si après 4 mois de travail et des dizaines de représentations de « Je suis top », elle découvrait encore avec tristesse le sexisme.)


OLF = Qu’as-tu envie que les gens se disent à la sortie de ton spectacle ? Quel message as-tu voulu transmettre ?

BM = Qu’ils sortent en se posant des questions. Qu’ils aient envie de parler. Je veux susciter le débat. Beaucoup sortent émus, certains hommes m’ont dit « C’est pas si facile une vie de femme ». Les hommes le découvrent, les femmes trouvent agréable de l’entendre, elles ne se sentent plus isolées face à se problème de sexisme au travail. Je n’ai pas voulu que mon personnage soit caricatural en effleurant le sujet. J’ai eu envie de profondeur et de montrer les freins et les embûches. Mon personnage n’est jamais en lutte, elle passe de victime à bourreau, puis trouve son équilibre.

 

OLF = Les gens croient que tu racontes ta vie. As-tu rencontré toi aussi des freins dans ton parcours, du fait que tu sois une femme ?

BM = Ce n’est pas ma vie, mais c’est super que les gens le croient, ça veut dire que je progresse ! (rires) Mais il ne faut pas croire que dans mon métier on échappe au sexisme. Au contraire. On subit les stéréotypes. Quand on est jeune on nous catégorise soit « jeune première », soit « potiche » ou « salope » ! T’es soit conne, soit pute. Les codes physiques sont très forts. Et en tant que blonde aux yeux marron, ça posait problème ! A mon concours d’entrée au conservatoire on m’a dit : « On vous verra dans rien, on vous verra dans tout ». Au théâtre de Bouvard, certains hommes croyaient qu’ils avaient le monopole du rire. On m’a même dit : « Te casse pas, une femme fera toujours moins rire qu’un homme ! ». Dans les cours de théâtre, t’as 15 filles pour 2 garçons, et au final en moyenne dans le métier 10 rôles d’hommes pour 2 rôles de femme. Et toujours des rôles monolithiques. Alors comme j’aime porter toutes les casquettes, j’ai écrit mes propres rôles. Je déteste ces comédies où la femme est dans un stéréotype imaginé par les hommes. Car les auteurs sont toujours des hommes ! Hormis qui… Coline Serreau que j’adore ! Je rêverais d’interpréter Cyrano, Le Roi Lear… Les mecs ont des rôles où ils peuvent se lancer des défis, il n’y a pas de rôles équivalents pour les femmes au théâtre. J’ai adoré la mise en scène de « Roméo et Juliette » par Denis Llorca, jouée uniquement par des femmes.

 

OLF = Qu’est-ce qui te plait dans le fait de jouer cette femme qui gravit les échelons ?

BM = J’aime ses moments dramatiques. Je n’ai rien vécu de tout ça. Je ne parle pas de moi. Je suis un canal d’émotions, je les transmets. J’aime ce personnage qui représente toutes ces femmes que j’ai rencontrées et pour qui j’ai beaucoup d’affection et qui sont devenues mes copines. (On s’en doute… comment ne pas devenir la copine de Blandine…) Les artistes sont là pour traduire ce que les gens éprouvent. J’aime l’idée d’être un témoin d’aujourd’hui et j’aime quand les gens me disent « Je suis bouleversé-e, je suis ému-e, je m’y suis retrouvé-e ».

 

OLF = As-tu un dicton, une phrase fétiche ?

BM = (Spontanée, avec un large sourire) Le meilleur est à venir !

 

OLF = Comme tu es top, tu dois avoir plein de projets ?

BM = La pièce en anglais ! (Elle nous la sort et commence à nous la lire…) C’est mon nouveau challenge ! J’ai envie de la jouer longtemps et partout ! Pourquoi pas après en espagnol ou en Indien ! Ou aller jouer dans des entreprises en Iran ? (Explose de rire… mais l’idée l’a quand même traversée…) Je prépare aussi un format court pour la télé « Décoiff’ tout » qui parle de la vie de quartier. (Et elle nous raconte avec énergie et passion ce rôle de coiffeuse décalée !).


OLF = Quelles grandes figures féminines t’ont marquée ?

BM = Simone Veil m’a beaucoup marquée. Son courage dans l’arène, sa dignité. Sans devenir un homme pour autant. Simone De Beauvoir aussi, tellement plus moderne et intéressante que Sartre ! « Le 2ème sexe » c’était nouveau et ça l’est toujours ! J’aime ces femmes qui croient en quelque chose et qui vont jusqu’au bout.

 

OLF = Selon toi, que faudrait-il mettre en place pour définitivement enrayer les inégalités femmes/hommes au travail ?

BM = (Sans hésitation, elle y a déjà bien réfléchi !) Le congé paternité égal dans les faits, le rendre obligatoire. Arrêter de dire que les gens sont séniors à 40 ans, les filles sont en retard à ces âges là à cause des congés maternité ! Créer des réseaux mixtes pour changer les mentalités. Et éduquer !! (S’ensuit une longue conversation sur tous les mécanismes de domination transmis dès l’enfance… nous évidemment on acquiesce !)

L’interview s’achève. Elle nous raccompagne, s’en grille une, et la conversation reprend de plus belle jusqu’à la tombée de la nuit… On repart pleines de son énergie, et on se dit que c’est vrai, le meilleur est à venir…

Propos recueillis par Sarah Guettaï et Chloé Ponce Voiron

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Pour connaître le lieu et les horaires du spectacle de Blandine Métayer, cliquez ici


Une réponse à « Osez le féminisme » : Elle est top dans « Je suis top ! »

  1. Je suis émerveillé par cette insolente humanité qui se dégage avec tant d’humour….dans tous les documents que j’ai consultés…ça me fait du bien de vous rencontrer madame Métayer, même en virtuel…je ne manquerai pas de venir vous applaudir au théâtre en Septembre….maintenant que je vous ai entendue évoquer la jolie blonde aux yeux marrons…je suis sûr que c’est bien vous que j’ai rencontrée sur un tournage de jeunesse en noir et blanc et j’éprouve un bonheur étrange à découvrir votre opiniâtreté dans la joie de vivre…à bientôt et chapeau bas madame, vous avez toute ma considération et mon amitié….avec mes remerciements…J-L Guillotin.

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